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Tribune · Kinésithérapie respiratoire pédiatrique

Votre kinésithérapeute ne soigne pas la bronchiolite

Et c’est précisément pour cela qu’il peut vous être utile

Benjamin Macé · masseur-kinésithérapeute

En résumé

Aucune séance de kinésithérapie respiratoire n’a jamais guéri une bronchiolite. Cet article ne conteste pas ce fait : il en part. Ce qu’il conteste, c’est la conclusion qu’on en tire, celle qui confond une technique avec un métier, et un diagnostic avec une indication.

Un titre qui n’est pas une provocation

Il faut l’écrire noir sur blanc, parce que c’est vrai : aucune séance de kinésithérapie respiratoire n’a jamais guéri une bronchiolite. Aucune technique manuelle ne réduit la charge virale, ne répare l’épithélium bronchiolaire nécrosé, ne raccourcit l’histoire naturelle de la maladie. Un nourrisson qui a une bronchiolite guérira de sa bronchiolite, avec ou sans kinésithérapeute.

Cette phrase, en France, a longtemps été impossible à prononcer. Elle l’est encore difficilement, sept ans après les recommandations de la Haute Autorité de santé. Elle heurte une culture professionnelle, une organisation de soins, les réseaux bronchiolite, financés par les ARS, opérant sept jours sur sept, et l’attente très légitime de parents qui veulent qu’on fasse quelque chose pour leur enfant qui étouffe.

Pourtant, cette phrase n’est pas un aveu d’inutilité. Elle est le point de départ d’un raisonnement que Guy Postiaux formule depuis trente ans et que la profession n’a jamais complètement entendu : la kinésithérapie respiratoire n’est pas une discipline nosologique. Nous ne traitons pas des maladies. Nous traitons des symptômes, des déficiences, des situations mécaniques. Le mot « bronchiolite » désigne un diagnostic médical ; ce n’est pas, ce n’a jamais été, une indication kinésithérapique.

Le déplacement de la question

La bonne question n’a jamais été : « faut-il faire de la kinésithérapie dans la bronchiolite ? » C’est : « cet enfant-là, ce jour-là, présente-t-il un encombrement bronchique accessible, et ai-je une technique qui puisse le soulager sans lui nuire ? »

Ces deux questions n’ont ni la même réponse, ni la même méthode d’évaluation, ni la même conclusion pratique.

Ce que dit la littérature, sans arrangement

Commençons par ce qui n’est plus discutable, car aucun plaidoyer ne vaut s’il commence par tordre les données. La revue Cochrane, mise à jour en 2023, rassemble 17 essais contrôlés randomisés et 1 679 nourrissons de 0 à 24 mois. Ses conclusions sont ventilées par famille de techniques, et cette ventilation est capitale.

Tableau 1 — Efficacité par famille de techniques (Cochrane 2023, CD004873.pub6)
Famille de techniquesDonnéesEffet sur la sévéritéCertitude (GRADE)
Conventionnelles
percussions, vibrations, drainage postural
5 essais
246 participants
Aucun effetÉlevée
Expiratoires forcées 3 essais
628 participants
Aucun effet ; effets indésirables significatifsÉlevée
Expiratoires lentes passives
dont ELPr
9 essais
805 participants
Amélioration légère à modérée, formes modérées hospitaliséesFaible

L’essai de Gajdos et al. (2010), multicentrique, randomisé, en aveugle, sur 496 nourrissons hospitalisés dans sept services français, reste la pièce maîtresse du dossier. L’augmentation du flux expiratoire associée à la toux provoquée, trois fois par jour, n’a produit aucune différence sur le délai de guérison (HR 1,09 ; IC95 % 0,91–1,31 ; p = 0,33). Elle a en revanche multiplié par 5,4 le risque de vomissements (IC95 % 1,6–18,4 ; p = 0,002) et par 10,2 le risque d’instabilité respiratoire transitoire (IC95 % 1,3–78,8 ; p = 0,005).

Les recommandations de la HAS (novembre 2019, actualisées en 2022) en tirent la conséquence : chez le nourrisson de moins de 12 mois présentant un premier épisode de bronchiolite aiguë, la kinésithérapie respiratoire de désencombrement bronchique n’est plus recommandée, en ville comme à l’hôpital. Le drainage postural, la vibration et le clapping sont contre-indiqués. La prise en charge repose sur la désobstruction rhinopharyngée pluriquotidienne, l’éducation parentale et la surveillance active.

Il n’y a rien à négocier dans ces trois paragraphes. Un kinésithérapeute qui, en 2026, propose encore des séances quotidiennes de désencombrement bronchique à tout nourrisson porteur d’une ordonnance « bronchiolite » exerce contre les données de la science. Mais on peut accepter intégralement ces conclusions et refuser la lecture simpliste qui en est faite. Car ce que ces essais ont testé, c’est une intervention appliquée à un diagnostic. Et c’est exactement ce que Postiaux nous disait de ne pas faire.

La rupture conceptuelle : une kinésithérapie non nosologique

L’argument de Postiaux tient en une phrase, souvent reprise dans la littérature francophone : « il conviendrait mieux de parler de kinésithérapie pour traiter des symptômes, l’encombrement, que de kinésithérapie dans la bronchiolite ». Dans son article « Arguments pour/contre » de 2018, il pose lui-même la ligne de partage : les méthodes traditionnelles doivent être abandonnées parce qu’elles ne sont pas validées et parce qu’elles ont des effets secondaires délétères, tandis que les techniques d’expiration lente comportent des éléments validés et n’entraînent pas d’effets délétères. Il y appelle, dès cette date, à de grandes études multicentriques qui n’ont jamais été conduites.

Ce déplacement n’est pas un jeu de mots. Il a trois conséquences très concrètes.

  1. L’unité de décision n’est pas la maladie, c’est le bruit. Le kinésithérapeute respiratoire ne dispose pas d’un diagnostic à traiter, mais d’une sémiologie à décoder. L’auscultation est son instrument décisionnel : la nature du bruit (sibilants, crépitants fins télé-inspiratoires, râles bronchiques bulleux, ronchi), sa localisation et son moment dans le cycle respiratoire déterminent s’il existe des sécrétions mobilisables, où elles se situent, et à quel volume pulmonaire il faudrait agir pour les déplacer. Un nourrisson sifflant sans sécrétions n’a rien à attendre d’un désencombrement ; il n’a rien à désencombrer.
  2. La non-indication est un acte. Le réseau bronchiolite d’Île-de-France le formule très bien : la séance commence par un bilan clinique orienté et un interrogatoire des parents, et ce bilan conditionne « le choix des techniques, y compris le choix de ne rien faire et/ou de ré-adresser le nourrisson au médecin ». Décider de ne pas manipuler un enfant est une décision kinésithérapique à part entière, et c’est probablement la plus fréquente au pic de la maladie.
  3. La troisième conséquence porte sur la méthode des essais. Les grands essais randomisés ont inclus des enfants sur un critère diagnostique, « bronchiolite aiguë », parfois avec un score de sévérité, et non sur un critère d’encombrement. Ils ont ensuite appliqué la même technique, à la même fréquence, à tous les inclus, quel que soit le jour d’évolution et quelle que soit l’auscultation. Du point de vue de la santé publique, c’est la bonne question : « faut-il prescrire des séances à tous les nourrissons bronchiolitiques ? », et la réponse est non. Du point de vue clinique, c’est un désalignement PICO : on a évalué une stratégie systématique là où la profession revendique une décision individualisée.

Mise en garde

Cette objection méthodologique n’est pas une preuve d’efficacité. L’absence de preuve d’un effet dans une population non ciblée n’établit pas l’existence d’un effet dans une sous-population ciblée. Elle indique seulement que la question n’a pas été posée. Et tant qu’elle n’est pas posée dans un essai correctement conçu, la profession n’a pas le droit d’invoquer l’ignorance comme un argument favorable.

Les phases de la bronchiolite : une chronologie, pas un bloc

Si l’on prend au sérieux l’idée qu’on traite un symptôme et non une maladie, alors le temps devient la variable centrale. Une bronchiolite n’est pas un état stable de dix jours : c’est une séquence de mécanismes différents, dont un seul relève éventuellement du désencombrement bronchique.

Phase 1

Catarrhe des voies aériennes supérieures

J0 à J2–J3

Le virus se multiplie d’abord dans le rhinopharynx. Rhinite, éternuements, fièvre modérée, toux sèche. Le nourrisson est un respirateur nasal quasi obligatoire pendant les premiers mois : les résistances nasales représentent une part majeure des résistances totales des voies aériennes. Une obstruction nasale suffit à créer un travail respiratoire, une gêne alimentaire et un mauvais sommeil, sans qu’aucune sécrétion bronchique ne soit en cause. La désobstruction rhinopharyngée au sérum physiologique est ici la seule intervention mécanique que la HAS recommande explicitement, et il est frappant qu’elle soit aussi la plus négligée dans le débat public. Aucune technique de désencombrement bronchique n’a de sens : il n’y a rien dans les bronches.

Phase 2

Phase obstructive inflammatoire

J3 à J5 — pic à 48–72 h

C’est la phase de la détresse. Nécrose de l’épithélium bronchiolaire, œdème pariétal, infiltrat inflammatoire neutrophilique, hypersécrétion débutante mais épaisse et adhérente. L’obstruction est ici murale et endoluminale, pas principalement sécrétoire. L’hyperréactivité bronchique existe mais est inconstante. Le calibre bronchiolaire du nourrisson est tel qu’un œdème millimétrique multiplie les résistances : la loi de Poiseuille est impitoyable à ce diamètre.

C’est le moment où l’enfant va le plus mal, donc celui où les parents appellent et où l’ordonnance est écrite. C’est aussi celui où l’intervention est la plus inutile et la plus dangereuse. Inutile parce qu’il n’y a pas de bouchon mobilisable : on ne draine pas un œdème. Dangereuse parce que le nourrisson est à la limite de ses réserves, et que toute manœuvre expiratoire ajoutée à un volume de fermeture déjà élevé favorise le collapsus dynamique des voies aériennes distales. C’est très exactement ce que traduisent les sur-risques de vomissements et d’instabilité respiratoire de l’essai Gajdos. Le geste kinésithérapique le plus utile de cette phase est de ne pas en faire.

Phase 3

Phase sécrétante ou catarrhale bronchique

à partir de J5 environ

L’œdème régresse. L’épithélium commence à se réparer, la clairance mucociliaire est encore inefficace car les cellules ciliées ont été détruites, et les sécrétions produites en abondance ne sont plus évacuées. L’auscultation change : les crépitants fins et les sibilants cèdent la place à des râles bronchiques bulleux et à des ronchi ; la toux devient grasse et productive mais inefficace ; l’enfant va globalement mieux, mais reste encombré, se réveille la nuit et vomit ses biberons sur des quintes.

C’est la seule fenêtre où un désencombrement bronchique a un sens physiopathologique. Il y a un matériau à déplacer, l’enfant a retrouvé une réserve mécanique suffisante pour tolérer la manœuvre, et le bénéfice attendu est immédiat et symptomatique. L’expiration lente prolongée y trouve sa place : incitation (et non pression) expiratoire manuelle thoraco-abdominale lente, progressive, du volume courant vers le volume résiduel, sans à-coup, éventuellement complétée d’une toux provoquée si, et seulement si, des sécrétions proximales sont audibles.

Le choix du débit lent n’est pas un raffinement d’école : chez le nourrisson, la cage thoracique très compliante, la ventilation collatérale immature et le volume de fermeture élevé rendent les manœuvres rapides et forcées mécaniquement contre-productives. On comprime des voies aériennes au lieu de les vider. C’est la raison pour laquelle les résultats des techniques forcées et des techniques lentes divergent dans la Cochrane, et c’est la raison pour laquelle il est intellectuellement malhonnête de traiter ces deux familles comme une seule.

Phase 4

Convalescence

jusqu’à 3–4 semaines

Toux résiduelle, parfois prolongée, sans encombrement. Guérison attendue à un mois. Aucune indication kinésithérapique. La toux qui persiste sans râles ne se traite pas ; elle s’explique aux parents.

Tableau 2 — Synopsis décisionnel par phase
PhaseRepèreMécanisme dominantAuscultationConduite kinésithérapique
1. Catarrhe hautJ0 à J3Obstruction nasale Bruits transmis des VAS DRP au sérum physiologique. Aucun désencombrement bronchique.
2. Obstructive inflammatoireJ3 à J5
pic 48–72 h
Œdème pariétal, nécrose épithéliale, bronchospasme inconstant Sibilants, crépitants fins télé-inspiratoires S’abstenir. Évaluer, DRP, éduquer, orienter si critères de gravité.
3. Sécrétanteà partir de J5 Hypersécrétion + clairance mucociliaire déficiente Râles bronchiques bulleux, ronchi, toux grasse Fenêtre ELPr ± toux provoquée si sécrétions proximales audibles.
4. Convalescencejusqu’à 3–4 sem.Réparation épithéliale Auscultation propre, toux sèche résiduelle Aucune indication. Expliquer aux parents.

Ce que l’ELPr ne fait pas : l’honnêteté du dossier

Un article qui plaiderait pour l’ELPr sans citer ce qui la contredit ne vaudrait pas mieux que le dogme qu’il prétend corriger.

L’essai BRONCHIOL-EAT (Combret et al., 2024), randomisé en double aveugle chez 40 nourrissons hospitalisés pour bronchiolite modérée, a testé exactement l’hypothèse « qualité de vie » : une séance d’ELPr précédée d’une désobstruction rhinopharyngée rétrograde améliore-t-elle la prise alimentaire sur 24 heures ? La réponse est non (différence estimée 1,8 % ; IC95 % −7,0 à +10,6 ; p = 0,68), et il n’y a eu non plus aucun effet sur la SpO₂, la sévérité clinique, les fréquences respiratoire et cardiaque, les vomissements ou le sommeil.

À l’inverse, l’essai espagnol FIBARRIX (Conesa-Segura et al., 2019), mené chez 80 nourrissons hospitalisés, rapporte une réduction significative du score de sévérité (−1,7 point à 10 minutes, −2,0 à 2 heures, −1,3 au dernier jour) et un délai plus court pour atteindre un score inférieur à 2 (2,6 contre 4,4 jours), sans effet sur l’oxygénation et sans effet indésirable observé. Une revue systématique récente consacrée aux techniques manuelles (Estela-Zape et al., 2024 ; 5 études, 291 participants) retrouve des améliorations significatives des scores de Wang et de Kristjansson. Ces signaux sont réels, mais ils portent sur des effectifs faibles, des critères de jugement intermédiaires et souvent immédiats, et un risque de biais qui explique le niveau de certitude « faible » attribué par la Cochrane.

Quant aux études Bronkilib, régulièrement brandies dans le débat français, elles souffrent de critiques méthodologiques sérieuses : absence de groupe contrôle, défauts de randomisation, publication dans une revue à la réputation contestée, qui expliquent, et à mon sens justifient, leur non-prise en compte par la HAS. On ne gagne pas un débat scientifique avec des références qu’on n’accepterait pas d’un contradicteur.

État réel du dossier

L’ELPr appliquée à des nourrissons sélectionnés sur un diagnostic ne modifie ni l’évolution, ni la durée d’hospitalisation, ni le besoin d’oxygène. Elle produit peut-être une amélioration symptomatique légère et transitoire dans les formes modérées encombrées. C’est peu. Ce n’est pas rien. Et surtout, ce n’est pas ce qui justifie principalement notre présence.

Alors, à quoi servons-nous ?

Si nous ne soignons pas la bronchiolite, il faut assumer de dire ce que nous faisons. Je propose de le formuler ainsi : le kinésithérapeute est, en ville, le professionnel qui voit le nourrisson le plus souvent, le plus longtemps, et avec les mains dessus. C’est de là que vient sa valeur, pas de sa technique.

  1. Il désobstrue le nez. C’est l’intervention la mieux recommandée du dossier, la plus efficace sur le confort réel, et celle que personne ne fait correctement. Un nourrisson dont le nez est libre respire mieux, mange mieux et dort mieux. Enseigner ce geste aux parents, le refaire avec eux, corriger la technique : c’est un acte thérapeutique à part entière.
  2. Il surveille. Une bronchiolite s’aggrave typiquement dans les 72 premières heures. La consultation de kinésithérapie est un point de réévaluation clinique itératif : fréquence respiratoire, SpO₂, signes de lutte, état général, prise alimentaire, comportement. Détecter à J4 l’enfant qui décroche et l’adresser aux urgences vaut cliniquement infiniment plus que dix séances d’ELPr.
  3. Il éduque et il rassure. Expliquer que la maladie est virale et spontanément résolutive, que le pic est à 72 heures, que la toux durera trois semaines, que les antibiotiques et les bronchodilatateurs ne servent à rien, que le lavage de nez avant les repas change la vie ; cela réduit l’anxiété parentale, les consultations redondantes et les passages aux urgences. C’est du soin.
  4. Il soulage, parfois. Au bon moment, chez le bon enfant, une ELPr bien conduite peut lever un encombrement gênant et rendre au nourrisson quelques heures de confort. Cet objectif est légitime en lui-même. On ne reproche pas au paracétamol de ne pas guérir la grippe. La médecine symptomatique n’a pas à s’excuser d’être symptomatique, à condition de ne jamais se faire passer pour étiologique.
  5. Il sait s’abstenir. Et il le dit aux parents, en expliquant pourquoi. C’est la compétence la plus difficile, la moins rémunérée et la plus utile.

Le parallèle international

Le regard international est instructif, à condition de lire ce qui est écrit, et pas ce qu’on croit qui est écrit. La revue systématique de Kirolos et al. (2020) a analysé 32 recommandations nationales issues de cinq régions OMS, publiées entre 2000 et 2017. Sur les 21 qui abordent la kinésithérapie respiratoire, 19 recommandent contre son usage systématique, une seule la recommande, une reste équivoque. Il n’existe pas d’autre sujet, dans la prise en charge de la bronchiolite, où le consensus international soit aussi net : le seuil de saturation déclenchant l’oxygénothérapie varie de 90 à 95 % selon les pays, et le sérum salé hypertonique est recommandé par huit guides et déconseillé par sept.

Tableau 3 — Recommandations nationales sur la kinésithérapie respiratoire
Pays / instanceAnnéeFormulationPortée
États-Unis — AAP
Key Action Statement 7
2014 « Clinicians should not use chest physiotherapy » (preuve B, recommandation modérée) Toutes formes
Royaume-Uni — NICE NG92015 « Do not perform chest physiotherapy » sauf comorbidité pertinente (amyotrophie spinale, trachéomalacie sévère) Exception explicite
Australie / N.-Zélande — PREDICT2025 « Do not routinely use chest physiotherapy » (recommandation conditionnelle) Usage systématique
Espagne — GPC Bronquiolitis Aguda2010 « No se recomienda la fisioterapia respiratoria » (grade A)Toutes formes
Canada — Société canadienne de pédiatrie2014
rév. 2021
Ni vibration/percussion ni techniques expiratoires passives n’améliorent les scores cliniques ou la durée de séjour Toutes formes
France — HAS2019
act. 2022
Désencombrement bronchique « plus recommandé » au 1er épisode ; clapping, vibration, drainage postural contre-indiqués ; DRP systématique 1er épisode, < 12 mois
Italie — Lignes directrices nationales2022 Inscrite dans les questions PICO mais aucune recommandation formulée Sujet non tranché

Le cas italien mérite au passage d’être souligné : les lignes directrices nationales de 2022 avaient inscrit la kinésithérapie respiratoire dans leurs questions PICO, mais n’ont finalement formulé aucune recommandation à son sujet. Le silence, ici, ne vaut pas approbation, il traduit l’impossibilité de conclure à partir d’une littérature qui n’a pas posé la bonne question.

Première lecture : le consensus est réel et la France n’y échappe pas. Prétendre que la HAS aurait « mal lu » la littérature est indéfendable ; elle a lu la même chose que tout le monde et conclu comme tout le monde.

Deuxième lecture : les formulations ne sont pas identiques, et la différence porte précisément sur le point qui nous occupe. « Should not use » (AAP) et « no se recomienda » (Espagne) sont des interdits généraux. « Do not routinely use » (PREDICT) et « do not perform… who do not have relevant comorbidities » (NICE) sont des refus de l’usage systématique, assortis d’exceptions. NICE va jusqu’à prévoir une évaluation kinésithérapique pour les enfants dont la clairance des sécrétions est compromise. Personne, nulle part, n’écrit qu’un nourrisson encombré ne doit jamais être aidé à s’encombrer moins. Ce qui est proscrit partout, c’est le réflexe : ordonnance + diagnostic = série de séances.

Troisième lecture, et c’est le malentendu de fond : les mondes anglo-saxon et francophone n’ont jamais parlé de la même technique. Lorsque l’AAP, NICE ou la Société canadienne de pédiatrie écrivent chest physiotherapy, ils désignent d’abord ce qui se pratiquait chez eux : percussions, vibrations, drainage postural. Ces techniques sont mortes, et elles méritaient de l’être ; elles ont été abandonnées en France dès le début des années 2000. L’école francophone et latine a développé pendant ce temps une famille entièrement différente, fondée sur des débits expiratoires lents et sur une logique de volume pulmonaire, dont la Cochrane elle-même reconnaît qu’elle constitue un sous-groupe distinct avec des résultats distincts.

Le paradoxe français

Le monde anglo-saxon a jugé une kinésithérapie qu’il pratiquait. La France a été jugée sur une kinésithérapie qu’elle avait déjà abandonnée. Et elle a, dans le même mouvement, perdu le droit de défendre celle qui lui restait, faute d’avoir produit, en vingt ans, l’essai qui aurait permis d’en parler sérieusement.

Conclusion : la fin d’un réflexe, pas d’un métier

Non, votre kinésithérapeute ne soigne pas la bronchiolite. Il ne l’a jamais soignée, et il aurait dû le dire plus tôt et plus fort.

Ce qu’il peut faire est à la fois plus modeste et plus utile : libérer un nez, reconnaître un bruit, choisir un moment, décider de ne rien faire quand il n’y a rien à faire, repérer l’enfant qui bascule, et rendre aux parents la capacité de comprendre ce qui arrive à leur enfant. Dans une maladie sans traitement étiologique, où la grande majorité des nourrissons ne sera jamais hospitalisée et où l’essentiel du soin se joue à domicile, c’est une place réelle.

Postiaux avait raison sur le fond : nous ne sommes pas des thérapeutes de maladies, nous sommes des thérapeutes de symptômes. Le problème est que nous avons revendiqué cette identité tout en organisant une pratique nosologique, une prescription par diagnostic, une série de séances par ordonnance, un acte par jour indépendamment de l’auscultation. Les recommandations de 2019 n’ont pas condamné la kinésithérapie respiratoire pédiatrique ; elles ont condamné cette contradiction.

Il reste à la profession un travail à faire, et il n’est pas rhétorique. Il faut construire l’essai que personne n’a fait : inclure sur l’encombrement documenté et non sur le diagnostic, stratifier sur le jour d’évolution, évaluer des critères qui comptent pour un nourrisson et sa famille — sommeil, prise alimentaire, confort, recours non programmé aux soins — plutôt que des scores intermédiaires mesurés dix minutes après la séance. Tant que cet essai n’existe pas, notre légitimité ne repose pas sur nos mains. Elle repose sur notre jugement clinique, notre capacité à surveiller, et notre honnêteté à dire ce que nous ne savons pas faire.

Encadré 1 — Le vocabulaire des techniques

TechniquePrincipeStatut
Clapping, vibrations, drainage postural Percussions manuelles, positionnement de drainage gravitaire Contre-indiqués. Abandonnés en France depuis ~2000
AFE / expiration forcéeCompression thoraco-abdominale à haut débit Non recommandée ; sur-risque de vomissements et d’instabilité respiratoire
ELPr — expiration lente prolongée Pression manuelle lente et progressive du volume courant vers le volume résiduel, sans à-coup Effet léger à modéré, preuve de faible niveau, formes modérées encombrées
Toux provoquéeStimulation trachéale déclenchant une toux réflexe Uniquement si sécrétions proximales audibles
DRP — désobstruction rhinopharyngéeLavage au sérum physiologique Recommandée, systématique, pluriquotidienne, sans aspiration nasopharyngée

Encadré 2 — Les repères de gravité

ParamètreForme légèreForme modéréeForme grave
État généralNormalNormalAltéré
Fréquence respiratoire< 60 / min60 – 69 / min ≥ 70 / min ou apnées
SpO₂ en air ambiant> 92 %90 – 92 % ≤ 90 % ou cyanose
Signes de lutteAbsents ou légersModérésIntenses

Signes d’alerte

  • Appel du 15 : cyanose péribuccale, apnées, ralentissement respiratoire chez un enfant toujours gêné, épuisement, refus alimentaire total.
  • Vulnérabilité accrue : âge < 2 mois, prématurité < 36 SA, cardiopathie non opérée, déficit immunitaire, pathologie respiratoire chronique ou maladie neuromusculaire.

Encadré 3 — Trois phrases à dire aux parents

  1. « La bronchiolite est virale et guérit toute seule. Il n’y a pas de médicament qui la raccourcisse — ni antibiotique, ni cortisone, ni aérosol. »
  2. « Ça va empirer avant de s’améliorer : le pire est en général entre 48 et 72 heures. Ensuite ça descend. La toux, elle, peut durer trois à quatre semaines. »
  3. « Le geste qui aide le plus, c’est le lavage de nez, plusieurs fois par jour, et systématiquement avant chaque repas. Je vous montre. »

Pour les familles

Une version courte de cet article, écrite pour les parents, est disponible ici : Bronchiolite : ce qui aide vraiment votre bébé.

Références

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  3. Gajdos V, Katsahian S, Beydon N, et al. Effectiveness of chest physiotherapy in infants hospitalized with acute bronchiolitis: a multicenter, randomized, controlled trial. PLoS Med. 2010;7(9):e1000345. doi:10.1371/journal.pmed.1000345
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  6. Combret Y, Machefert M, Couet M, Bonnevie T, Gravier FE, Gillot T, Le Roux P, Hilfiker R, Medrinal C, Prieur G. Effect of a prolonged slow expiration technique on 24-h food intake in children hospitalized for moderate bronchiolitis: a randomized controlled trial. Ital J Pediatr. 2024;50(1). doi:10.1186/s13052-024-01770-2
  7. Conesa-Segura E, Reyes-Dominguez SB, Ríos-Díaz J, et al. Prolonged slow expiration technique improves recovery from acute bronchiolitis in infants: FIBARRIX randomized controlled trial. Clin Rehabil. 2019;33(3):504–515. doi:10.1177/0269215518809815
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  17. Collège national des pédiatres universitaires. Bronchiolite aiguë du nourrisson, item 154. Référentiel de pneumologie pédiatrique.

Déclaration d’intérêts : l’auteur est masseur-kinésithérapeute exerçant la kinésithérapie respiratoire pédiatrique.